Face à elle un panorama magnifique, un silence apaisant les enveloppait, à peine quelques oiseaux sifflaient leur joie de vivre dans une mélodie aiguë. Elle avait besoin de ces moments privilégiés, de ces instants de quiétude ou rien ne rappelait la civilisation, une évasion totale, loin de son entreprise, de son poste de direction, de ses collaborateurs qui semblaient ne rien pouvoir faire sans elle. Heureusement pour son équilibre, il y avait ces moments, loin de tout, un duo magique entre eux et la nature. Elle posa ses deux mains sur le tronc d’un arbre, ferma les paupières et sentit la fraîcheur de son écorce, sa rugosité, put ressentir sa force puisé au plus profond de la terre, puis elle leva les yeux, regarda ses branches immenses s’envoler vers le ciel, identique à des ailes se déployant, aurait-il pu s’envoler s’il n’avait pas été si profondément ancré au sol ?
Elle sourit, aurait tant aimé partager ces moments avec ses deux enfants…elle les emmenait parfois marcher en pleine forêt mais à trois et cinq ans, la promenade devenait vite une course après l’un ou l’autre, à qui cours à droite, à qui tombe en accrochant son pied dans la racine d’un arbre et devient inconsolable, à celui qui criera le plus fort en voyant un insecte qui lui fait peur, le chant des oiseaux et la quiétude étaient vite submergés par les cris et les hurlements de ses enfants turbulents.
Elle regarda sa montre, 8 heures 15, leur papy et mamy devaient sans doute commencer à leur préparer le petit déjeuner.
Ici, elle pouvait s’évader complètement, se laisser totalement aller au travers de sa passion, le plaisir de l’aventure à quelques kilomètres de chez soi…elle n’avait nul besoin d’aller au plus profond du désert pour éprouver des sensations fortes, ni d’escalader durant des semaines des sommets enneigés, quelques minutes de marches et les entrailles de la terre lui ouvraient leurs portes dans un méandre de galeries étroites, de salles merveilleuses, de cavités sombres, d’inconnu, loin de la lumière du soleil, elle se laissait emporter par la noirceur des profondeurs.
Elle avait toujours été une passionnée, mais la rencontre avec l’homme qui allait devenir son mari et son équipier, lui avait offert l’occasion de se découvrir, de sonder cette partie d’elle- même qu’elle ne connaissait qu’au travers de fantasme, sans jamais avoir osé franchir le pas. Il l’avait guidée, formée. Guide de haute montagne l’hiver, il quittait, l’été, les sommets enneigés des Alpes pour ces profondeurs, sondant les extrêmes de la mère nature ; Audacieux dans l’âme, il aimait repousser ses limites frôlant parfois l’irréparable, il s’en était toujours sorti sans dommage, «j’aime jouer aux dés avec le diable et je gagne toujours » lui avait-il dit un jour «et le jour où tu perds la partie » avait-elle répondu, il avait esquisser un sourire, «les sommets blanc du paradis ou les profondeurs noires des enfers, je devrais me sentir bien dans ces deux éléments, n’est ce pas mon métier» avait-il plaisanté.
Pourtant elle devait s’avouer qu’aujourd’hui malgré le lieu particulièrement exceptionnel, une inquiétude perfide traçait son chemin dans son inconscient, se révélant peu à peu à elle, pour la première fois ils empruntaient une voie inconnue ; d’ordinaire l’itinéraire était répertorié, cartographié, les pièges identifiés, les risques en étaient donc réduits. Pour la première fois en dix ans de spéléologie, son instinct de femme lui ordonnait de rester là, de ne pas franchir cette porte…de rester à la lumière.
- Tu ne vérifie pas ton matériel ? s’inquiéta Frédéric.
- J’ai un mauvais pressentiment, tout à coup, on ne connaît pas ce chemin…
- C’est justement pour cela que c’est intéressant.
- Et si il nous arrivait quelque chose ? si on rencontrait le moindre problème.... on ne connaît rien de cette cavité, on ne sait rien de ses pièges.
- Si tu penses comme cela tu ne fais jamais rien. Que veux -tu qu’ils nous arrivent ? Nous sommes des gens responsables… nous ne sommes pas des casse-cou… pas de risques inutiles… et nous avons l’expérience avec nous. Nous allons juste nous promener un peu, et puis imagine que nous découvrions un lieu intéressant dans quelques semaines tous les spéléologues de la région viendront faire la queue pour y accéder…
- Si tu le dis.... Elle se laissa emporter par l’optimisme de son mari.
Il ne leur fallut que quelques minutes pour vérifier et préparer leur matériel.
A présent, ils étaient prêts à s’élancer dans l’inconnu.
Un étrange mélange de curiosité, d’excitation et d’inquiétude.
- Tu es prête mon amour…
- Je le suis…sur son visage crispé un sourire pincé.
- Ne soit pas inquiète, tout ira très bien, tu verras. Il s’élança après lui avoir lancé un clin d’œil complice.
Frédéric passa le premier, plus expérimenté et plus apte à affronter un danger éventuel : ici la courtoisie n’avait pas sa place.
Tout se passait comme il l’avait prévu, la fissure n’était pas large, les obligeant à avancer de profil, cela ralentissait considérablement leur progression à travers la roche humide, la pente était douce. Ils avancèrent ainsi durant une bonne minute avant que le passage ne s’élargisse enfin, mais cela ne facilita pas leur progression, ils durent se mettre à plat ventre pour continuer d’avancer, jusqu’à une salle d’une dizaine de mètres de long sur quatre de large, il n’y avait rien d’intéressant, ils continuèrent. Puis, après un nouveau passage difficile, une nouvelle salle, ils arrivèrent devant un trou béant tombant à pic.
Sophie juste derrière lui s’arrêta à son tour.
Frédéric sortit une torche halogène de sa poche et projeta le faisceau dans l’ouverture.
- Bon…. Je vois le sol, on dirait que l’on arrive dans une salle, je vais descendre en rappel.
Pendant que Sophie plantait le spit dans la paroi d’un violent et franc coup de marteau sur le tamponnoir, Frédéric se préparait en enfilant son baudrier cuissard, à la taille son cale bonde. Il prit la corde que Sophie terminait d’accrocher solidement à la paroi, la fit passer entre les deux poulies et prit le descendeur qu’il fixa sur le maillon rapide du baudrier ; à présent il était près pour la descente, l’espace était réduit, il fit passer son kit (sac allongé et étroit permettant un passage aisé des chatières), puis la main gauche sur le descendeur il s’engagea à son tour, tenant fermement la corde de l’autre main, elle servait à réguler sa vitesse en laissant filer progressivement la corde, si elle venait à lui échapper ce serait la chute libre. Il lui fallut plus de deux minutes pour attendre par le plafond une nouvelle salle, il balada le faisceau de la torche de son casque, en tournant rapidement la tête, l’éclairage acétylène brisa l’obscurité, il était suspendu à une quinzaine de mètres, ses pieds ce balançaient dans le vide.
Il se laissa glisser jusqu’au sol.
- Sophie tu m’entends ?
- C’est bon je t’entends, tout va bien en bas ?
- Tout est ok, tu peux me rejoindre, méfies- toi après le resserrement cela glisse pas mal.
- Pas de problème, je ferai attention.
Il se décrocha et commença à se promener. La salle était immense ; derrière lui, la corde commençait à se contorsionner dans tous les sens, elle semblait animée de vie. Il sortit une torche LED de l’une de ses poches et l’alluma, il éteignit celle de son casque : son autonomie était réduite entre 8 et 10 heures, il fallait savoir l’économiser, même si il avait de quoi la recharger plusieurs fois, il fallait toujours prévoir le pire, si un problème leur arrivait, la lumière deviendrait essentielle, il n’était pas rare qu’en cas d’accident, le temps pour secourir des spéléologues se compte en jour. Il avait tout ce qu’il fallait pour tenir plusieurs jours en lumière, des kits de survie et un repas qu’ils allaient prendre en amoureux dans l’une de ces salles, à eux de choisir laquelle.
Frédéric se retrouvait au centre d’une pièce gigantesque, jamais il n’avait vu une chose pareille, longue de plusieurs centaines de mètres et large d’une cinquantaine, les niveaux variaient en plateaux de différentes hauteurs. Sur le côté un petit ruisseau coulait, continuant sa course à travers les galeries, jusqu’au lac sans doute, de longues stalagmites et stalactites émergeaient du sol et du plafond.
Il avançait toujours, l’obscurité derrière lui à chacun de ses pas reprenait son royaume, volé par la lumière pour quelques instants.
Au fond de la salle deux petites cascades coulaient le long de la paroi, en passant par des fissures au plafond, de petits gours (bassins) récupéraient l’eau, le surplus disparaissait dans une autre fissure à travers le sol.
Il était stupéfié par sa découverte, qui aurait pu penser qu’une telle salle puisse exister, y en avait-il d’autres ? Quelles surprises les attendaient aux détours des passages et autres chatières ?
Il se surprit à rechercher sur les parois quelques dessins venant de la nuit des temps, une empreinte de main de quelque vieil ancêtre. Mais il ne trouva rien, déçu sans vraiment l’être, il continua d’avancer dans l’obscurité. Un bruit derrière lui, il se retourna, Sophie s’extirpait à son tour de l’ouverture au plafond, elle se laissa glisser jusqu’au sol, se détacha et le rejoignit.
- C’est extraordinaire…elle regardait autour d’elle impressionnée par leur découverte. Tu as déjà vu quelque chose d’aussi gigantesque ?
- Non jamais et pourtant j’ai fait un paquet de descente…on vient de faire une découverte extraordinaire, crois- moi… on n’a pas fini d’en parler...
- Tu penses qu’il peut y en avoir d’autres…
- Sans doute…il était tout excité…on n’est pas au bout de nos surprises…on va prendre nos affaires et continuer jusqu’au bout de la salle, on trouvera peut-être un passage… regarde la cascade, le surplus d’eau disparaît dans le sol, il doit y avoir une rivière souterraine qui rejoint le lac, crois- moi il y a d’autres salles. Nous sommes encore haut dans la montagne.
- Tu ne penses pas que nous devrions revenir plus tard avec René et les autres et quand la météo sera plus clémente…
Il ne lui répondit pas, elle comprit le message, il voulait continuer.
Sophie était inquiète, son mauvais pressentiment était de plus en plus présent, elle avait toujours frissonné à la pensée de se retrouver coincée dans les galeries inondées. La bruine qui tombait et qui pouvait se transformer en un violent orage à tout moment n’était pas faite pour calmer son angoisse. La météorologie n’était pas une science exacte et des orages localisés pouvaient apparaître sans que les professionnels n’aient pu les prévoir. C’était l’angoisse principale du spéléologue, la montée soudaine des eaux et les galeries noyées, cela interdisait souvent toute sortie. Combien de temps passerait-il avant que les secours puissent les retrouver dans ces galeries et ces salles inexplorées ? Ils auraient largement le temps de regretter cette petite escapade en amoureux. Dans le meilleur des cas, ils trouveraient un endroit surélevé pour rester au sec, avec une poche d’air pour respirer ; dans le pire des cas, ils n’auraient plus jamais l’occasion de regretter.
Son instinct de mère…ses enfants…pour la première fois, elle avait peur de ne pas revenir de cette aventure, l’envie de faire demi-tour la submergeait, mais il n’était pas question de cela, Frédéric était trop excité par cette découverte, il ne pouvait pas continuer tout seul et elle ne se sentait pas le droit de l’empêcher de continuer, surtout pour un mauvais pressentiment…elle n’insista pas, il serait toujours temps plus tard de faire demi-tour si elle sentait un danger pressent, mais une chose était sûre, dorénavant elle serait encore plus vigilante. Elle suivait quelques mètres derrière lui, elle le vit s’accroupir.
- Un problème ?
- Non…non…aucun, je pense avoir découvert un passage, juste là à gauche …
Il lui montra un passage, il y promena le faisceau de sa torche. La pente était raide, ils installèrent un nouveau spit, malgré tout, à la différence de plus tôt, une descente en rappel n’était pas nécessaire, il s’y engouffra les pieds en avant. Elle le suivit.
Ils descendirent ainsi durant quelques minutes, le passage était exigu.
Une odeur âcre, désagréable, puissante, à la limite du supportable, parvenait jusqu’à eux, ils continuèrent leur descente, pourtant l’un et l’autre se demandaient ce qui pouvait en être la source, sans en trouver la réponse.
Ils débouchèrent dans une cavité plus petite, elle avait les mêmes particularités que la précédente, là encore Frédéric promena sa torche contre les parois.
Puis il s’arrêta…bouche bée, stupéfait par ce que sa torche venait de mettre en lumière.
Son esprit marchait vite, les questions l’assaillaient ; il n’avait pas peur, était plutôt curieux de découvrir à quoi cela pouvait bien correspondre.
Sophie arriva à son tour dans la salle et fut à la fois surprise et inquiète de voir son mari ainsi immobile, il lui tournait le dos, semblant fixer quelque chose face à lui, elle ne pouvait le voir de là où elle se trouvait.
- Qu’est ce qui se passe ?
Il ne lui répondit pas, continuant de fixer devant lui, cela commença à l’intriguer. Elle se détacha et le rejoignit rapidement. Le découvrant le regard fixe, la bouche entrouverte.
- Qu’est ce que tu as ?
Pour réponse, il fit un mouvement de tête, en lui montrant un endroit face à lui.
Suivant ses indications, elle regarda à son tour et se retrouva comme lui hypnotisée par ce qu’elle voyait…mais à la différence de son mari, elle n’avait pas du tout envie de savoir.
- On s’en va Frédéric…on ne peut pas rester là…
- Non…on continue…
- Mais tu vois la même chose que moi, sois raisonnable pour une fois, si tu dois m’écouter une seule fois dans ta vie, fais le aujourd’hui...
La peur la submergeait, ses mauvais pressentiments prenaient forme. A une quinzaine de mètres, sur la paroi du fond d’immenses traces de griffes zébraient profondément la roche.
- Tu as vu ces traces…continua-t-elle.
- Calme-toi…elles n’ont pas été faites hier…elles ont sans doute plusieurs milliers d’années. Un animal quelconque !
- A cinq doigts ! ! !
- Pardon ?
- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, ce sont des mains humaines qui ont fait ces traces…la chose qui à fait ça a cinq doigts…
- Quel qu’en soit l’auteur, tu n’as rien à craindre, cela m’étonnerais fort qu’il soit toujours vivant…je suis sûr que nous venons de mettre au jour un truc extraordinaire. Si ces traces viennent, comme je le pense, de la nuit des temps, on devrait découvrir dans d’autres endroits de nouvelles traces, peut-être des dessins, imagine…un nouveau Lascaux, pour un coup d’essai ce serait un coup de maître.
Il s’approcha. Les traces étaient impressionnantes. Ils y en avait plusieurs dizaines, déchirant la paroi sur plusieurs mètres carrés, ils devaient continuer…
- Il y a encore un passage là…il approcha sa torche…on va avoir encore besoin des cordes….
Il sortit un spit de son sac et le planta dans la paroi.
Sophie se sentait de plus en plus mal, ces traces sur la paroi, cette odeur…
Un bruit sourd se répercuta dans toute la salle et plus loin encore, dans un long et sinistre écho.
- Qu’est ce que c’était ? La voix de Sophie tremblait.
- Une pierre …que veux- tu que ce soit d’autre ? il continuait d’attacher la corde comme si de rien n’était…
- Justement c’est bien là le problème…je trouve que ca ne ressemblait pas beaucoup à une pierre.
Il sentait que Sophie se laissait gagner de plus en plus par la peur, il aimait sa femme et la voir dans un tel état de stress, le ramena à la réalité. Il laissa de côté son désir de pousser plus avant ses investigations et commençait à remettre en question la justification de son insistance à continuer.
Il commençait à se demander également si son idée de venir jusqu’ici à deux avait été judicieuse.
Une seule question était essentielle qu’est ce qui avait à ses yeux le plus d’importance ? La mise au jour de nouvelles grottes, ou l’amour qu’il portait à sa femme ? la réponse ne souffrait d’aucune hésitation.
- Ne t’inquiète pas mon amour, tout va très bien se passer ; on visite encore ce conduit et après on rentre, d’accord…tu as raison on peut toujours revenir plus tard avec Karl et les autres, tu es d’accord ? Il lui posa un tendre baiser sur les lèvres.
- D’accord…plus que cette galerie ? Promis… elle avait du mal à croire ce qu’elle entendait, c’était la première fois qu’il renonçait à une descente. Ressentait-il également de la peur ?
- Promis…
Il s’engagea dans la galerie les jambes en avant, prit le descendeur dans la main gauche, de la main droite attrapa la corde, il releva la tête vers Sophie et lui lança un petit clin d’œil complice, mimant un baiser de ses lèvres.
C’est à ce moment là que le bout de son pied glissa sur la roche, il fut déséquilibré sur sa droite et son coude alla directement frapper avec violence la paroi.
Une douleur vive s’empara de lui, traversant son bras en une fraction de seconde, telle une décharge électrique paralysant ses muscles, sans qu’il ne puisse rien faire. Il vit sa main lâcher la corde, et disparut dans le gouffre tout en lançant un cri mélange de surprise et de colère. Il tenta en vain de rattraper la corde, mais ne put la saisir fermement, se contentant de ralentir sa chute.
Sophie surprise n’eut pas le temps d’esquisser le moindre geste. Elle entendit un bruit violent lorsqu’il atteignit le sol.
- Frédéric !…Frédéric !… Elle hurla son prénom.
Un long silence…et puis enfin il lui répondit.
- Tout va bien ne t’inquiète pas, j’ai pas réussi à rattraper la corde, mais j’ai pu ralentir ma chute.
Il poussa un râle de douleur.
- Qu’est ce qui se passe ?
- Je crois que je me suis cassé la jambe, tu vas être obligée d’aller chercher les secours, je ne pourrai pas remonter, même si tu descends pour m’aider, je ne pourrai pas.
- Tu veux que je te laisse seul ?
- Je ne vois pas d’autre solution, en tous cas, nous avons vraiment fait une découverte fantastique, il y a un lac souterrain ici, il est gigantesque…le plafond, il est plus haut que dans les autres salles, au moins le double…il y a une luminosité très faible, mais il ne fait pas noir ici, par contre y’a un truc bizarre, je suis sur une espèce de chemin…
- Un chemin ? ils devaient l’un et l’autre parler fort pour pouvoir se comprendre.
- Oui, j’ai l’impression que tout ce que je vois n’est pas…naturel.
- Tu penses que…
- Attends…j’ai vu un truc bizarre…j’ai cru voir bouger…
- Je descends…continues de me parler…la situation prenait une tournure dramatique, elle ne pouvait le laisser seul, son pressentiment…
- Sophie ça craint…je vois bouger…je crois qu’il y a des trucs qui viennent vers moi.
- J’arrive mon amour j’arrive….
- Non surtout pas… barres-toi Sophie, barres-toi vite !…
- Je descends mon amour, j’arrive…elle allait attraper la corde lorsqu’elle l’entendit hurler.
- C’est horrible !…oh non !…par pitié !…non ! !…il hurlait…Sophie tires-toi !… sauves-toi… non !…par pitié !…oh non !…
- Frédéric réponds-moi !…Frédériccccccccc !
Il ne lui répondit pas…ses cris résonnèrent dans les galeries silencieuses et semblaient ne jamais vouloir cesser, et puis les cris moururent contre les parois froides et humides, Il ne restait plus que le silence, seul maître des lieux…terrible…horrible…elle hurla encore et encore son prénom…mais seul le silence parvenait jusqu’à elle.
Un dilemme insoutenable : devait-elle descendre pour tenter de lui porter secours et se mettre à son tour en danger, ou devait-elle s’enfuir en le laissant là ? L’abandonner, elle ne pouvait l’admettre, quelque chose de grave venait d’arriver à Frédéric.
La corde se mit à bouger.
Elle lança une fois de plus le prénom de son mari dans le silence, mais ce n’était plus un cri, un murmure tout au plus. Dans sa voix un mélange d’interrogation et de peur, son cœur voulait que ce soit lui qui remontait vers elle, mais son esprit lui hurlait que cela n’était pas possible, son amour le voulait tant, mais son instinct lui ordonnait de fuir.
Elle recula, fixant toujours la corde bougeant légèrement éclairée par la torche de son casque.
Des questions traversaient son esprit ne s’arrêtant que pour mieux alimenter sa peur.
Elle avait entendu son mari hurler.
Alors qui faisait bouger la corde ?
Elle avait entendu s
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