LE REVEIL DES MAUDITS (3)

     Des questions traversaient son esprit ne s’arrêtant que pour mieux alimenter sa peur.

     Elle avait entendu son mari hurler.

     Alors qui faisait bouger la corde ?

     Elle avait entendu son mari supplier.

     Alors qui faisait bouger la corde ?

     Elle avait entendu son mari lui ordonner de fuir.

     Alors qui faisait bouger la corde ?

     Elle sentait au plus profond d’elle-même que son mari était mort.

     ALORS QUI FAISAIT BOUGER LA CORDE ?

     Elle laissa ses affaires au sol et s’enfuit à travers la salle en courant, elle devait sortir d’ici, vite, la torche de son casque illuminait l’espace devant elle, laissant l’obscurité derrière elle tenter en vain de l’engloutir.

     Un grognement.

     Des bruits de griffes.

     Elle courait toujours fixant la corde devant elle, ne la lâchant pas des yeux de peur qu’elle ne disparaisse.

     Elle ne retourna pas, refusa de voir, mais elle sentait, entendait que cela était après elle.

     Enfin, elle l’attrapa et commença à remonter aussi vite qu’elle put jusqu’à l’autre salle.

     Une fois que cela fut fait, elle s’arrêta un instant, tendit l’oreille, tentant de déchiffrer à travers sa respiration haletante, ce qui pouvait bien ce passer plus bas. Elle crut entendre des grognements, des choses reniflant, semblant chercher son odeur.

     Ils allaient la retrouver.

     Elle devait réfléchir.

     La corde.

     Elle devait la remonter : si cela ne l’empêchait pas d’arriver jusqu’à elle, cela lui donnerait suffisamment de temps pour atteindre l’autre et pouvoir s’enfuir ; ils avaient accédé à la première salle par une galerie sortant du plafond à plus de quinze mètres de haut, elle devait l’atteindre pour être sauvée.

     Elle attrapa la corde et tenta de la remonter.

     Cela résista.

     Il était trop tard.

     Elle repris sa course dans l’obscurité, une lueur diaphane tombait sur la corde, n’attendant qu’elle. Plus que quelques mètres et elle pourrait commencer l’ascension vers la liberté, vers le salut.

     C’est au moment où elle commençait à escalader la dernière corde qu’elle les entendit pénétrer dans la salle, leurs griffes rayaient la pierre, se rapprochaient inexorablement, leurs grognements agressifs résonnaient en elle.

     Comment pourrait-elle leur échapper ?

     « Ils » ne devaient voir qu’elle, sur une corde claire dans l’obscurité de la grotte, elle tourna la tête vers la salle, mais sa torche n’éclaira qu’une ombre furtive, rapide, fonçant sur elle.

     Elle lança un hurlement couvrant durant un instant les griffes raclant la roche et les grognement mais cela n’exorcisa pas la terreur qui l’envahissait. Elle reprit sa remontée vers la lumière, mais la corde se tendit, puis commença à se balancer, « ils » montaient vers elle, elle se mit à pleurer.

     Elle était à mi-chemin lorsqu’elle ressentit une violente douleur dans la cheville, qui lui transperçait la peau, lui déchirait la chair. Cela s’agrippait à sa combinaison, tentait de remonter jusqu'à sa taille ; dans un réflexe, elle pencha la tête vers la chose, qui, aveuglée par la lumière lâcha prise dans un hurlement de douleur emportant dans sa chute, la calebonde qu’elle portait à la taille. La lumière de son casque s’éteignit, elle entendit le lourd bruit d’un corps se fracassant au sol, des hurlements plus terribles encore, la corde qui se tend de nouveau, puis quelques secondes plus tard, elle sentit qu’on lui attrapait la combinaison de nouveau, mais cette fois ci, on la projeta violemment en arrière, avec une telle force qu’elle ne put se retenir à la corde, se sentit porter dans le vide durant un instant avant d’aller frapper brutalement le sol.

     A la frontière de l’inconscience, plongée dans l’obscurité, incapable de bouger, elle entendit des sons lointains.

     Puis cela surgit de nulle part, Sophie ne vit rien, sentit juste la douleur, incommensurable, puissante, la vie s’échappait.

     Elle eut juste la force de lancer dans le silence un terrible cri, avant d’aller rejoindre son mari dans le gouffre insondable et obscur de la mort.

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Dernière mise à jour de cette page le 08/01/2009